Lockheed Martin Canada signe un contrat de 10 millions $ avec Contextere, d’Ottawa, pour appuyer par l’IA l’entretien des Hercules de l’ARC
Lockheed Martin Canada a signé un contrat de 10 millions de dollars avec Contextere, une entreprise d’Ottawa, afin d’intégrer le logiciel d’intelligence artificielle de la jeune pousse aux travaux d’entretien de la flotte de CC-130J Hercules de l’Aviation royale canadienne, rapporte BetaKit. L’entente a été annoncée mardi au Sommet aérospatial canadien et porte sur une plateforme appelée iMAPLE, pour Intelligent Maintenance, Asset, Personnel and Learning Environment.
iMAPLE repose sur Madison, le produit de Contextere que l’entreprise présente comme une sorte de Siri pour le travailleur industriel. L’objectif est d’offrir aux techniciens, directement dans le hangar, un assistant qui fait apparaître la bonne procédure, l’historique d’une pièce ou le matériel de formation pendant qu’une tâche est en cours, plutôt que de les laisser fouiller dans des manuels et des systèmes séparés. Pour une flotte de transport qui achemine des troupes, du fret et de l’aide humanitaire, le temps gagné sur le diagnostic et la réparation peut se traduire directement par une plus grande disponibilité des appareils.
Kristen Leroux, de Lockheed Martin Canada, a affirmé que le contrat montre comment l’innovation canadienne peut bâtir un écosystème de défense et à double usage souverain. La relation n’est pas nouvelle : Lockheed Martin a investi environ 1,4 million de dollars dans Contextere en 2017. Les travaux s’inscrivent aussi dans la Politique des retombées industrielles et technologiques du Canada, qui oblige les maîtres d’œuvre étrangers à générer au pays une activité économique équivalente à la valeur de leurs contrats de défense.
Ce que cela change concrètement
L’entente s’ajoute à une liste grandissante d’entreprises canadiennes d’IA qui trouvent leur place dans la chaîne d’approvisionnement de la défense. Plus tôt cette année, Lockheed Martin a injecté 3,6 millions de dollars dans la québécoise Lemay.ai, et elle a récemment conclu l’acquisition des activités d’Ultra Maritime à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, qui comptent environ 400 employés. L’entreprise emploie maintenant quelque 1 300 personnes au Canada. D’autres acteurs d’ici font des choix semblables, comme lorsque Caseway a refusé des contrats du gouvernement américain pour se concentrer sur la défense canadienne, tandis qu’Ottawa continue d’élargir son soutien à l’IA locale avec l’Initiative régionale en intelligence artificielle bonifiée.
Pour les techniciens, le test sera concret plutôt que stratégique. Un assistant qui interprète mal un code de panne ou renvoie à une procédure périmée est pire que rien; la valeur d’iMAPLE dépendra donc de la rigueur de son arrimage aux données techniques approuvées, de la rapidité de ses mises à jour quand les instructions changent et de la confiance que lui accorderont les techniciens pendant un quart de travail chargé. Ces détails n’ont pas été rendus publics, pas plus qu’un échéancier de déploiement.
Reste à voir si la plateforme s’étendra au-delà des Hercules à d’autres appareils de l’ARC, et si d’autres grands maîtres d’œuvre de la défense utiliseront leurs obligations de retombées pour acheter auprès de jeunes pousses canadiennes en IA plutôt que d’importer des logiciels étrangers.