Caseway renonce aux contrats du gouvernement américain pour miser sur la défense canadienne
Caseway, une entreprise d’intelligence artificielle de Vancouver qui conçoit des outils pour le secteur juridique et la défense, affirme tourner le dos aux occasions d’affaires avec le gouvernement des États-Unis, a rapporté Global News le 12 octobre. L’entreprise se concentre plutôt sur la défense canadienne et cherche des clients en Europe et à Taïwan.
Son président-directeur général, Al Vigier, a confié au réseau qu’il n’était pas à l’aise d’aider les États-Unis à combler leurs besoins en IA alors qu’ils menacent le Canada, et que les allusions répétées du président américain Donald Trump à un Canada devenu le “51e État” ont pesé dans la décision. Ce choix a un coût. Caseway avait décroché l’une des huit seules places de présentation à une importante conférence de l’industrie, une occasion de convaincre des investisseurs capables de financer des rondes de 50 à 100 millions de dollars, une occasion que M. Vigier qualifie d’énorme.
Sean Mullin, spécialiste des politiques d’innovation et de technologie à l’Université de Toronto, a expliqué à Global News que ce cas montre à quel point le secteur canadien de l’IA dépend encore d’infrastructures situées au sud de la frontière. Il se demande si des activités gouvernementales sensibles et des données classifiées devraient passer par des nuages informatiques ou des modèles d’IA qui échappent au contrôle national. Plutôt que de tenter de bâtir des rivaux d’OpenAI ou d’Anthropic, le Canada devrait selon lui trouver des créneaux dans la chaîne d’approvisionnement de l’IA où ses entreprises peuvent ajouter de la valeur, en misant sur des partenariats.
Ce que cela change concrètement
Pour une petite entreprise, renoncer au plus gros acheteur de technologies de défense revient à parier qu’Ottawa deviendra un véritable client. M. Vigier estime que le gouvernement fédéral mise sur la défense pour la première fois et y consacre des sommes importantes, et il voit dans un récent processus d’approvisionnement un test pour savoir si l’approvisionnement accéléré peut fonctionner au Canada. Il ajoute qu’il demeure très difficile de lever des capitaux au pays. Dans une déclaration, le cabinet du ministre fédéral de l’IA a indiqué que les entrepreneurs ne devraient pas avoir à quitter le Canada pour bâtir des entreprises concurrentielles à l’échelle mondiale, et a cité des engagements de financement ainsi que son intention de faire du gouvernement un client principal des entreprises canadiennes d’IA.
Cette volonté d’agir comme client principal attire déjà de plus grands joueurs, comme en témoigne l’ouverture d’un bureau de Cohere à Ottawa pour séduire les acheteurs fédéraux, et l’argument de la souveraineté a façonné des ententes comme l’IA souveraine de Bell Cyber et Cohere pour les centres des opérations de sécurité. Des conseils sur la manière de concilier ces objectifs viendront aussi du nouveau Conseil national sur l’intelligence artificielle.
À surveiller : la capacité de Caseway à décrocher assez vite des contrats de défense au Canada pour assurer son financement, le rythme des investissements promis dans les centres de données et le réseau électrique, et la décision d’autres entreprises canadiennes d’IA de suivre son exemple face aux contrats américains.