Le directeur général des élections dit aux députés que les électeurs ne peuvent pas distinguer l’IA des sources humaines
Le directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, a déclaré le 3 novembre au Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes que l’intelligence artificielle rend plus difficile l’accès des électeurs à une information exacte, a rapporté CBC News. Le comité étudie depuis plusieurs semaines les effets de l’IA sur les institutions démocratiques du pays, et ce témoignage survient avant six élections partielles fédérales prévues en décembre en Ontario, au Québec et en Saskatchewan.
Selon M. Perrault, l’attention portée au départ aux hypertrucages paraît maintenant trop étroite. L’IA change non seulement la façon de créer du contenu, mais aussi la façon de le diffuser, de le cibler et de l’amplifier, a-t-il dit, et les Canadiens demandent de plus en plus à des robots conversationnels de résumer l’information sur le processus de vote ou de comparer les plateformes des partis. Dans ses remarques préparées, publiées par Élections Canada, il a qualifié l’opacité de ces influences de sa plus grande préoccupation, car les électeurs ne peuvent pas facilement savoir qui se cache derrière une information, pourquoi ils la reçoivent ni quelles sources un robot conversationnel a utilisées. Il a aussi prévenu que des réseaux de faux comptes qui répètent des opinions semblables peuvent enfermer les électeurs dans un faux consensus.
Il a réitéré sa recommandation de 2024 voulant que des étiquettes de transparence soient exigées par la loi pour le contenu synthétique dans les communications électorales comme les publicités, une mesure qui relève maintenant, selon lui, du projet de loi C-34, à l’étude au Comité du patrimoine canadien. Il a aussi proposé que les robots conversationnels soient tenus de diriger les questions sur le processus de vote vers des sources officielles et faisant autorité, et a indiqué que le Parlement pourrait envisager d’étendre cette obligation aux plateformes des partis et aux publications des candidats.
Ce que ça change concrètement
Le député conservateur Blaine Calkins a rappelé des témoignages antérieurs selon lesquels des robots conversationnels ont transmis aux électeurs québécois de l’information erronée tirée d’un site généré par l’IA pendant la campagne provinciale. M. Perrault a expliqué que ce genre de problème s’aggrave quand les agents d’IA n’ont pas accès aux médias traditionnels, et qu’Élections Canada revoit son propre contenu Web pour que les agents d’IA y trouvent une information exacte sur le vote. L’organisme a nommé un champion de l’IA et met la dernière main à une stratégie interne, mais il n’a aucune intention d’utiliser l’IA pour le vote, le dépouillement ou l’information aux électeurs. Son appel à l’étiquetage s’ajoute aux travaux fédéraux comme la consultation d’Ottawa sur la transparence de l’IA.
À surveiller : la possibilité que le projet de loi C-34 finisse par couvrir l’étiquetage des publicités électorales, l’engagement éventuel des fournisseurs de robots conversationnels à diriger les Canadiens vers Élections Canada avant les élections partielles de décembre, et les recommandations du comité dans son rapport.