En Nouvelle-Écosse, des médecins constatent que les robots conversationnels d’IA façonnent désormais les consultations
En Nouvelle-Écosse, de plus en plus de patients consultent des robots conversationnels d’IA avant de voir un médecin, et les praticiens disent que cela change leur façon d’exercer, a rapporté CBC News samedi. La Dre Roshan Abid a confié au diffuseur qu’elle avait l’impression d’être le deuxième médecin consulté par ses patients, après Google. Maintenant que des outils comme ChatGPT Health et Claude for Healthcare sont à portée de clic, elle dit être devenue le médecin numéro trois.
Selon la Dre Abid, les gens s’inquiètent avec raison quand un symptôme apparaît, mais les robots conversationnels passent souvent à côté de l’esprit critique et du contexte propre au patient que les médecins sont formés à appliquer. Elle cite l’information en ligne sur les médicaments de la famille des GLP-1, comme Ozempic, souvent truffée de faussetés qu’elle doit aider ses patients à désapprendre. Ce contexte manquant pèse surtout pour les milliers de Néo-Écossais qui n’ont pas de médecin de famille et pour ceux qui tentent d’éviter les longues attentes aux urgences.
Le Dr Matthew Clarke, dirigeant principal de l’information médicale de Nova Scotia Health, la régie provinciale de la santé, affirme que des milliers de personnes dans la province utilisent déjà l’IA et qu’il est utile que les patients le disent. Beaucoup ne le mentionnent pas, par crainte d’être jugés, mais on comprend souvent plus tard d’où viennent leurs idées. Il y voit aussi un avantage : certains patients se servent de ces outils pour mettre de l’ordre dans leurs pensées et préparer leur échange avec le médecin, ce qui, selon lui, les a aidés à mieux comprendre leur situation.
Ce que ça change concrètement
Les médecins utilisent aussi l’IA, que ce soit pour transcrire les consultations ou pour interroger des bases de données devant un diagnostic difficile, et le Dr Clarke précise que des règles strictes et en évolution, au Canada comme en Nouvelle-Écosse, encadrent cet usage pour protéger la vie privée des patients. L’assistante virtuelle propulsée par l’IA de la province, Nova, est elle aussi encadrée. Les robots conversationnels grand public, eux, ne le sont pas. Le Dr Peter Lin, directeur des initiatives en soins primaires au Canadian Heart Research Centre, prévient que les personnes qui saisissent des renseignements de santé sur ces plateformes laissent généralement l’entreprise utiliser ces données comme bon lui semble, notamment pour entraîner ses systèmes, et que le compte associe ces renseignements à leur identité. Même des entreprises bien intentionnées s’exposent à des fuites et à des acteurs malveillants, ajoute-t-il.
Ce débat fait écho aux inquiétudes au sujet des robots conversationnels qui ont fourni de l’information électorale erronée aux électeurs québécois et aux appels en faveur d’une infrastructure de transparence de l’IA à plusieurs niveaux au Canada. La santé est aussi un domaine où des entreprises canadiennes conçoivent des outils spécialisés, comme le montre notre tour d’horizon des principales entreprises canadiennes d’IA en santé. Le conseil pratique des médecins interrogés par CBC est simple : voyez le robot conversationnel comme un point de départ, dites à votre clinicien ce qu’il vous a répondu et réfléchissez bien avant de confier des dossiers de santé identifiables à une application grand public.
À surveiller : la publication éventuelle par Nova Scotia Health de lignes directrices sur l’usage de ces outils, la façon dont les organismes de réglementation traiteront les fonctions de santé grand public que lancent les entreprises d’IA, et l’adoption par davantage de cliniques de scribes numériques avec le consentement explicite des patients.